Lettre d'information des Acteurs du Sport N° 461 - 09/07/2014
Publié le 9 Juillet 2014
Tour de France : Combien ça coûte, combien ça rapporte
- Par Jean-Baptiste Giraud , rédacteur en chef d'economiematin.fr
La Grande Boucle démarre samedi 5 juillet, pour sa 101e édition. Loin de lasser, cette « vieille dame » attire de plus en plus de spectateurs et représente ainsi un véritable jackpot pour de nombreux acteurs.Tour d’horizon des vrais gagnants duTour de France.- Amaury Sport Organisation (ASO), l’organisateur en chef de cette épreuve, se frotte les mains. Le groupe Amaury, également propriétaire du journal L’Equipe et de plusieurs épreuves sportives d’importance (Paris-Dakar, Marathon de Paris...), préfère garder secret le montant du chiffre d'affaires du Tour de France, mais il est généré à 60 % par les droits télévisés, à 30 % par les partenaires et à 10 % par les collectivités locales. Quand on sait que le Tour est désormais diffusé dans près de 200 pays et sur une centaine de chaînes de télévision à travers la planète, réunissant plus de 4 millions de téléspectateurs sur France Télévisions et 3,5 milliards dans le monde (chiffres 2011), on se dit qu’à eux seuls, les droits télévisés doivent rapporter un joli pactole !
- Les sponsors, attirés par cette énorme visibilité médiatique, se bousculent au portillon. Ils sont passés de 37 en 2011 à 44 en 2014. Pour sponsoriser une équipe, l’investissement est pourtant de taille : le budget des équipes professionnelles tourne autour de 8 à 10 millions d'euros, dont 80 à 90 % sont apportés par le sponsor principal, qui donne son nom à l"équipe. Mais le jeu en vaut la chandelle,car le nom de l'équipe, donc de la marque partenaire, est martelé des dizaines de fois par les commentateurs lors du direct tant à la télévision qu'à la radio, et imprimé des milliers de fois dans tous les supports qui couvrent le Tour de France. Après sa première année de partenariat avec le Tour, le loueur de voitures Europcar a ainsi vu sa notoriété augmenter de 8 points.
- Les participants à la Caravane publicitaire du Tour de France sont au nombre de 44 cette année. Pour y avoir sa place, le ticket d’entrée est de minimum 50 000 euros, mais les marques investissent 300 000 euros en moyenne. Pour quelle contrepartie ? L’échange avec les quelque 12 millions de spectateurs amassés tout au long du parcours. Cochonou est une des marques qui ont trusté le tour, grâce notamment à la distribution de ses fameux goodies comme les casquettes en tissu Vichy rouge et blanc. chez Cochonou, les ventes liées au Tour de France représentent plus de 20 % du chiffre d'affaires annuel, soit 70 millions d'euros...
Vraie poule aux œufs d’or, le Tour de France rapporte beaucoup à l’organisateur, Amaury Sport Organisation (ASO), et aux sponsors d’équipes. Mais les villes-étapes et les coureurs tirent aussi leur épingle du jeu.
- Les villes-étapes qui jalonnent la Grande Boucle font l’objet d’une rude sélection chaque année. ASO reçoit environ 250 candidatures par an ! Selon le Courrier des maires de France, le ticket d’entrée à verser au "gentil organisateur" est de 90 000 euros hors taxes pour la ville qui accueille l’arrivée, et de 60 000 euros pour celle qui organise le départ : si la même commune gère l’ensemble de l’étape, elle doit s’acquitter de la totalité de ces droits. En ajoutant les frais liés à l’organisation, comme le coût des infrastructures, de sécurité, de communication ou encore de location de matériels, la facture peut grimper à plusieurs centaines de milliers d’euros. Mais là encore, la mise est rentable : à Londres, qui avait donné le coup d’envoi du Tour de France 2007, le maire de l’époque, Ken Livingstone, parlait d’un retour sur investissement de l’ordre de 10 ! Pour une livre investie, c'était 10 livres de gagnées..
- Enfin, les 198 cyclistes – on aurait tendance à les oublier – ne souffrent pas non plus tout au long des 3664 kilomètres de ce parcours sans un intérêt financier certain, au-delà de l’évident challenge sportif que le Tour de France représente dans cette discipline ! Si le vainqueur du tour empoche 450 000 euros, plusieurs autres prix peuvent être gagnés : Maillot à pois (meilleur grimpeur) : 25 000 euros, Maillot vert (sprint) : 25 000 euros, Maillot blanc (meilleur jeune) : 20 000 euros, victoire d’étape : 8000 euros, Victoire d’un contre la montre par équipe : 10 000 euros, Victoire au classement par équipe : 50 000 euros à l’équipe lauréate. Des sommes qui peuvent néanmoins sembler dérisoires comparées aux gains des équipes qualifiées pour la Coupe du Monde de Football, qui se comptent en millions d'euros par joueur, tout au moins pour les équipes occidentales. Mais on ne pédale pas dans la montagne ou tape dans un ballon que par appat du gain... Ou bien ?
Tour de France: sacré coup de pub pour les villes étapes
http://www.jeudi.lu/tour-de-france-sacre-coup-de-pub-pour-les-villes-etapes/
Chaque année, plus de 250 villes françaises et étrangères courtisent les organisateurs du Tour de France pour obtenir le droit d’en accueillir une étape, alléchées par la perspectives de juteuses retombées. Il y a les incontournables, souvent attachées à de légendaires étapes de montagne (Pau, Luz-Ardiden, l’Alpe d’Huez), les habituées comme le Puy-du-Fou ou Bordeaux (ville la plus souvent visitée), et les moins fréquentées. Toutes bénéficient de l’exposition médiatique unique offerte par le Tour: visible dans 190 pays, fédérant en cumulé 3,5 milliards de téléspectateurs, l’épreuve est un long film promotionnel pour les beautés de l’Hexagone. Etre ville étape du Tour, c’est avoir l’assurance d’être citée plus de 5000 fois dans les médias du monde entier, donc de gagner une notoriété planétaire, même fugace. Et la certitude de voir, pendant quelques heures au moins, les quelque 4500 accrédités faire vivre les commerces, hôtels et restaurants de la région.
- Un investissement décuplé -
En 2012, le Conseil général des Hautes-Pyrénées qui abrite des « grands classiques » de la Grande Boucle (cols d’Hautacam, Aspin, Tourmalet, Peyresourde), estimait à 10 euros le retour sur investissement d’un euro dépensé. « Le Tour, c’est clairement un vecteur de tourisme, estime Lionel Maltese, maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille, spécialiste du marketing événementiel sportif. Toutes proportions gardées, c’est un peu ce que le Qatar tente de faire en organisant des événements sportifs pour se vendre comme destination… » En contrepartie, les villes étapes paient une redevance à l’organisateur, Amaury Sport Organisation (ASO): 60.000 euros pour un départ, 90.000 pour une arrivée, auxquels il faut ajouter toutes les dépenses en terme d’infrastructures nécessaires à l’événement. La mairie de l’Alpe d’Huez estime ainsi « dépenser environ 300.000 euros » pour financer les traditionnelles arrivées d’étapes en haut de sa montée. L’enveloppe pour les villes qui souhaitent organiser le « Grand Départ » est incomparable. Sans être formellement fixée par ASO, la redevance est estimée à plusieurs millions d’euros et fait chaque année l’objet d’une mise en concurrence. Hôte du départ du Tour 2007, Londres avait dit avoir investi au total près de 10 millions d’euros (dont environ 3 pour ASO) et annoncé 100 millions de retombées. Cette année, le Yorkshire a été choisi contre trois autres candidats étrangers (Florence, Barcelone, Edimbourg). La région de Leeds a enrobé l’événement d’un « International Business Festival » censé « attirer, autour du premier événement sportif annuel au monde, de grands décisionnaires de l’industrie, des entreprises et des gouvernements intéressés par un investissement ».
- Français timides -
« La spécificité d’un Grand Départ à l’étranger, c’est l’utilisation de l’événement qu’en font les organisateurs locaux, note Valéry Genniges, consultant qui a oeuvré au succès de la candidature du Yorkshire. Il y a une arrivée à l’Alpe d’Huez quasiment tous les ans. Les villes étrangères qui organisent le Grand Départ savent que cela ne se reproduira pas de sitôt et l’exploitent vraiment de manière optimale ». Le « Grand Départ » donne une identité à une région comparable à celle des JO. « Derrière le Yorkshire, il y a toute l’Angleterre », reprend Genniges. Un processus qui est selon lui reproductible « au cas par cas dans certaines régions françaises, en témoigne l’exemple Corse ». La municipalité de Porto-Vecchio (et la Corse dans son ensemble) avait ainsi profité au maximum du départ du Tour 2013 et chiffré à 15 millions d’euros les bénéfices espérés de son statut de ville-hôte. Les Français semblent toutefois plus timides à postuler au coup d’envoi du Tour. « Il y a un problème de moyens considérable en France et des obstacles liés aux compétences financières, estime Laurent Lachaux, directeur commercial et marketing d’ASO. Pour le Grand Départ, on est souvent tributaire des offres de l’étranger, même si l’on essaie d’alterner. En revanche, il y a toujours autant de candidats pour les villes étapes ». Et de belles séances de lobbying pour faire partie de la quarantaine de cités élues… Lors de son audition au Sénat par la commission d’enquête sur la lutte contre le dopage, Christian Prudhomme, directeur du Tour de France, n’avait pas vraiment été bousculé par les questions des sénateurs: ils n’avaient eu de cesse, une fois les sujets sensibles clos, de lui vanter les charmes de leurs régions respectives.
